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Christian Le Gall
Background
Vie humaine
1960 - Amanda souffrait le martyr. Ce n'était pas son premier accouchement, mais celui-là était particulièrement douloureux. Son troisième enfant lui donnait du fil à retordre… La sage femme lui avait dit que ce serait plus facile après chaque naissance, comme elle se trompait !
Trépignant dans le couloir, Henri était rongé par l'impatience. C'était une affaire de femme lui avait-on dit, il serait plus utile dehors. Ben tiens… Enfin, il avait eu le malheur de débarquer dans la salle d'accouchement pour son aîné, il ne recommencerait pas cette erreur ! Il portait dans ses bras Brigitte qui ne comprenait pas vraiment ce qu'il se passait. En même temps, elle n'avait que deux ans la petiote ! Claude était plus calme. Il jouait avec un puzzle qu'Henri lui avait fabriqué. A cette époque, il n'avait que 5 ans. Deux ans plus tard, il se rendra compte que son puzzle n'était pas possible à terminer.
Mais revenons à nos moutons. Dans un dernier râle de souffrance, l'enfant vint au monde. Le cri du petit retentit rapidement dans le couloir et le nouveau père entra dans la pièce en courant. C'est avec les larmes aux yeux qu'il contempla sa femme tenant dans les bras son enfant. "C'est un garçon." Elle sourit, épuisée mais heureuse. "Christian, regarde, c'est ton père !"
1971 - "Très bien mon chéri, tes notes sont excellentes !" Christian était fier de pouvoir donner à sa mère ce que son frère et sa sœur ne lui offraient pas. Brigitte ne pensait qu'à se balader seule sur la plage en écrivant des poèmes mélancoliques tandis que Claude courait les filles, pour ce que ça voulait dire… Il avait vite compris que l'école était quelque chose de fascinant. Il s'intéressait beaucoup aux réactions des gens et arrivait assez facilement à se faire des amis, il suffisait d'être assez sympa et de faire ce que les autres attendaient de lui. Un peu comme quand sa mère changeait de personnalité en fait, il suffisait de s'adapter.
1975 - Pour la première fois, Christian venait réellement de se faire battre par sa mère. Elle l'avait surpris en train d'embrasser un garçon, ça ne lui avait pas beaucoup plus… Alors Marcel était arrivé. Marcel, c'était l'une de ses personnalités, un macho qui avait fait la seconde guerre et qui n'aimait pas trop les tapettes. Le pauvre Christian a plutôt mal vécu les coups de ceinture et le cigare écrasé sur la main, ça faisait rudement mal quand même. Son frère ne vivait plus à la maison depuis 3 ans, il était parti dans un bon internat à Paris et faisait ses études. Sa sœur, elle, était courtisée par un fils de bourgeois, comme eux. La classe sociale était bonne, le mariage le serait aussi. Son père travaillait beaucoup quant à lui, mais il gagnait beaucoup en échange. Il était ingénieur et travaillait sur une plate-forme pétrolière, laissant à Amanda le soin d'élever les enfants.
D'habitude, Amanda ne changeait pas souvent de personnalité, elle avait des médicaments pour ça. Mais quand les chocs émotionnels étaient trop forts, ça pouvait arriver, et Marcel était vraiment le pire de tous… Christian aimait bien Katie, elle était un peu folle mais dans le bon sens du terme. Elle faisait les boutiques avec lui, jouait dans des salles d'arcade, sortait au ciné… Toutes ces choses que sa mère n'aurait pas fait avec lui. Bref, tout ça pour dire que la vie de Christian n'était pas si pénible, mais se faire frapper allait tout de même lui causer des problèmes…
1976 - Sans accepter sa différence, sa mère arrivait à passer outre et Christian se cachait quand Marcel sortait. Il arrivait plutôt bien à le vivre même s'il se faisait dérouiller de temps en temps, ce n'était pas si grave. Sa sœur compatissait vaguement, son père lui demandait d'être fort et Fabien, son petit ami, l'avait largué par peur des représailles. La perte de ce dernier, il l'avait plutôt mal encaissé, mais il était philosophe et se dit qu'il en rencontrerait d'autres… En tout cas, cette année-là, le mariage de sa sœur fut grandiose.
1977 - L'année de la délivrance et de tous les excès, Paris lui ouvrit ses portes. Il avait trouvé sa voie finalement et décidé de devenir médecin. Ses parents avaient largement les moyens de payer ses études et il se passionner pour l'aide envers autrui. La première année fut pour lui extrêmement facile grâce à un professeur particulier qui le seconda et lui appris à apprendre. Ses journées étaient une routine qu'il appris de plus en plus à apprécier. Le matin, il se levait à la dernière minute, attrapait un truc à grignoter et filait en cours. Le matin, il écoutait avec attention, trépignant d'impatience tout de même parce qu'à midi, il aurait invariablement faim pour compenser son manque de petit déjeuner. L'après-midi, il finissait les cours assez tôt et voyait quelques amis avant de s'enfermer chez lui pour bosser, un grand appartement près de la fac qui lui permettait d'être un peu large niveau horaire, tous ses amis lui enviaient. Après le repas du midi, il faisait une sieste en l'attendant et souvent vers 23h, il arrivait…
Tibo était quelqu'un d'assez incroyable. Son professeur était toujours positif, de bonne humeur, encourageant… Christian aurait pu longtemps lister ses qualités ! Plein de vie, il lui transmettait son goût de la médecine et des sciences en général, lui permettant d'apprendre sur ses cours mais aussi d'élargir son horizon. Il devint bon juge des personnes en suivant les conseils de son mentor, ou plutôt encore meilleur juge qu'il ne l'était déjà, Tibo ne cessait de lui répéter que c'était une qualité rare. Cette année fut sûrement la meilleure de sa vie.
1978 - Quand il appris qu'il passait directement en deuxième année de médecine sans redoubler, Christian était complètement euphorique. C'est dans cet état d'esprit que le soir-même, il déclara son amour à Tibo. Son jeune professeur fut bien mal à l'aise et il ruina tous les espoirs de Christian quand, le prenant dans ses bras, il lui susurra "Je suis désolé Christian. J'aurais aimé te rendre tes sentiments, mais je n'en suis pas capable…"
Quelques jours après, son mentor disparut, lui disant qu'il reviendrait dans quelques pour mettre un peu de distance entre eux. Une nouvelle fois déçu, Christian passa par une mauvaise phase et c'est morose qu'il entama sa deuxième année de médecine.
1979 - Toujours déprimé ou en tout cas jamais d'excellente humeur, Christian rata sa deuxième année et abandonna temporairement ses études. Une année de césure comme cela s'appelait. Fort de ce temps libre, il décida de se reconstruire et avec l'aval de ses parents qui ne voulaient que son bien , il fit le tour de l'Europe de l'ouest et visita un peu les États-Unis. En ces temps de guerre froide, ce n'était jamais évident mais cela lui fit complètement oublier Tibo qu'il pensait ne jamais revoir.
Vie de goule
1980 - La reprise des cours fut difficile en septembre et Christian n'avait aucune volonté de les continuer. Rongé petit à petit par une dépression lourde, il enchaîna maladie sur maladie avant de comprendre qu'il était atteint par le SIDA. Certes, ce n'était pas connu comme tel à l'époque, mais il y avait quelque chose… C'est dans cet état d'esprit que Tibo vint le revoir. Étrangement, il lui pardonna tout instantanément quand il le vit et au bout de trois soirées seulement, sous les conseils de Tibo, il arrêta ses études pour aller vivre avec lui. Il lâcha derrière lui son appartement, son mode de vie, ses amis… Il avait décidé de tout lâcher pour vivre son amour à fond le peu de temps qu'il lui restait.
Au début, il trouva l'appartement de Tibo un peu étrange. Plein de vieux livres, dans un sous-sol… Encore plus étrange était sa manière de dormir tous le jour ou presque. Il se levait toujours au moment à peu près du coucher du soleil, voire un peu avant. Ses questions, il n'osait les formuler mais elles le taraudaient et un jour, alors qu'il s'était réveillé avant Tibo, il feuilleta ses livres, n'y tenant plus, curieux de tout ce que pouvait détenir l'homme qui se refusait à lui. Un journal intime…
"Carthage était incroyablement animée la nuit. Il était délicieux de savoir les humains au courant de tout, le silence de sang ne m'avait jamais vraiment pesé, mais plus que jamais je trouvé son idée formidable. Capable de guérir ceux qui le demandaient […] mais Malkav et Verdata ne le virent pas de cet œil"
Mais de quoi parlait-il ? L'histoire en elle-même était assez drôle, pleine de choses fantastiques et incongrues. Christian ne savait pas Tibo écrivain et se réjouissait d'apprendre à mieux le connaître ainsi. Un rire se répercuta dans le luxueux salon.
"Je me doutais que tu ne tiendrais pas et lirait ces ouvrages."
Christian sursauta, il ne l'avait pas entendu venir. Il oublia sa lecture et contempla l'homme qui occupait la plupart de ses pensées. Il était torse nu, pâle. Plus pâle que d'habitude… Si pâle. Il le regardait avec son regard rieur qu'il aimait tant mais ses joues ne se coloraient pas de rosé et sa poitrine ne se soulevait pas, quelque chose clochait. Rêvait-il ?
"Assied toi Christian, nous devons parler." Le ton n'était pas autoritaire, seulement doux et chantant, quelque chose d'agréable et de musical. Et ils parlèrent, longtemps, toute la nuit. Tant et si bien qu'ils en oublièrent de manger. Christian était fasciné par tout ce qu'avait à lui apprendre son aînée. Les vampires… Diable ! Comment aurait-il pu se douter de quoi que ce soit ? Mais quand il y pensait, cela devenait clair, Tibo était trop parfait. Il lui expliqua également qu'il devait oublier certaines des choses qu'il avait lu, car ce n'était pas à son intention. Le livre de Node était un ouvrage très convoité et qu'Hâdi en possède la copie d'une partie pouvait lui valoir beaucoup d'ennuis. C'est sans aucun doute que Christian lui dit qu'il ferait de son mieux pour oublier et bizarrement, cela lui fit relativement aisé quand Tibo lui expliqua ce qu'il avait vraiment fait cette nuit-là…
Les nuits passèrent ainsi et les discussions furent nombreuses. Tibo appris à son élève tout ce qu'il y avait à savoir sur la société vampirique, ses coutumes, ses légendes. Il était triste d'avoir du le transformer en goule, mais il n'aurait pas pu le soigner autrement. Il n'envisageait pas l'étreinte qui n'était finalement que damnation et en plus, un vampire nouveau né d'aussi basse génération aurait fait une cible de choix pour les diabolistes aux dents longues. Il ne voulait pas lui dire la sienne de génération, mais il était très puissant, cela devait lui suffire. Son apprentissage fut long et il rencontra quelques rares amis de Tibo au cours des voyages qu'ils entreprirent. Ils se cachèrent comme ils pouvaient et Christian devint les yeux et les oreilles de son ami durant le jour. Il dormait peu mais ne s'était jamais senti aussi vivant. Tibo l'instruisait souvent, ou lui laissait consulter les nombreux ouvrages qu'il avait à sa disposition, s'arrangeant pour que Christian oublie quand il tombait sur un ouvrage qu'il n'aurait pas du voir.
Trois années s'écoulèrent ainsi, placées sous le signe de la connaissance, de l'amitié la plus profonde, de l'amour impossible et des voyages formateurs. Les amis de Tibo étaient assez étranges mais Christian ne s'en formalisait pas. Après tout, après avoir vécu 17 ans avec sa mère, on ne se formalisait pas de grand chose. Sa famille ne lui manquait pas du tout et il passa pour mort, sur les conseils de Christian. Il en était profondément désolé. Il put assister invisible à ses propres funérailles et ce fut difficile de voir toutes ses connaissances le pleurer. Mais c'était pour Tibo, et il aurait donné sa vie pour lui, cela lui permit de tourner la page et d'être sûr qu'ils ne seraient pas toute leur vie rongés par le doute.
Christian s'étonnait toujours de la faculté de son ami à être toujours si vivant malgré sa non-vie et il comprit vite que c'était une histoire de façon de penser. Tibo était bien plus moral que la plupart des humains et ne buvait du sang qu'avec réticence. Il faisait mensuellement un effort pour Christian en chassant un humain de plus pour lui donner sa dose de vitae. Le respect de la vie et des valeurs morales était très important pour le vieux vampire dont la compassion n'avait pas de limite. Si tous les salubriens étaient comme ça, Christian se demandait souvent pourquoi leur clan avait été traqué et la chasse au sang était toujours valable. Une histoire de lutte de pouvoir lui avait dit Tibo, l'ascension d'un clan qui s'était fait au détriment d'un autre dont l'altruisme était une faiblesse dans une société si noire… C'est en rencontrant Joseph, un ami de Tibo, qu'il comprit en quoi les vampires pouvaient être si différents des humains. Rien de fondamentalement différent dans ce cas précis, mais l'empathie de Christian lui dictait clairement qu'il pensait différemment, qu'il y avait quelque chose d'autre…
"Il écarte sa bête d'une autre manière." Parfois, Christian avait l'impression que Tibo lisait ses pensées. Peut être était-ce vrai, il n'en avait cure. Mais à ce moment-là, après avoir quitté Joseph, il était plutôt content que son demitor lui explique ce qui avait fait naître ses interrogations. "Les vampires, pour ne pas succomber à l'appel de leur bête, s'obligent à respecter une certaine… moralité. Je dis moralité mais ce n'est pas exactement cela pour toi je pense, car beaucoup suivent des voies qui s'éloignent beaucoup de leur humanité perdue. Certains pensent qu'ils éloigneront la bête en respectant un ordre établi, d'autres en propageant des idées tordues et en vivant dans le péché. Joseph lui respecte les dogmes de l'Église chrétienne et c'est sa dévotion qui lui permet de rester lui-même. Personnellement, j'ai toujours essayé de ne pas m'écarter du genre humain. Les vieux vampires ont tendance à devenir paranoïaque et à oublier ce que c'est que de côtoyer des mortels. C'est pour cela que je suis venu te voir en premier lieu. De temps en temps, j'essaye de renouer avec l'humanité, et j'ai trouvé en toi quelqu'un qui avait besoin d'aide, quelqu'un qui allait mal finir si on ne l'aidait pas."
Christian était partagé entre l'effarement et le profond intérêt. Il l'avait choisi juste parce qu'il allait mal ? Mais vite, cette pensée fut enfouie aux tréfonds de son inconscient et il lui sourit avec amour. Et alors ? C'était pour son bien et il avait tellement illuminé sa vie…
1986 - Tout aurait pu bien continuer et ce pendant longtemps si ce n'est que Tibo fut retrouvé et traqué par les Tremere. Il parvint à laisser Christian à un ami pour sa sécurité et lui promit de venir le revoir quand il le pourrait…
Christian se retrouva donc aux États-Unis, à la Nouvelle Orléans exactement, à vivre avec André, un vieux malkavian. Le vampire ne le côtoyait que par son amitié avec Tibo mais cela l'ennuyait profondément de devoir donner du sang à cette jeune goule. Il le confia donc à l'un de ses descendants en lui disant d'en prendre soin. Tristan était une personne intéressante s'il en est. Il était persuadé que l'occulte n'existait pas, ce qui était difficile pour un vampire. Il faisait du déni à propos de beaucoup de choses et oublia même de nourrir Christian qui prit rapidement de l'âge avant de supplier André de le fournir en vitae, la Soif provoquait une souffrance horrible. Agacé de la situation, le vieux vampire obligea son descendant à étreindre Christian, lui disant qu'avec la formation de Tibo, il s'en sortirait. Une bien piètre manière pour commencer sa nouvelle non_vie…
Vie vampirique
J'étais avec mes frères, la nuit était sombre et l'ambiance électrique. L'autre me dévisageait, puissant, mais je l'étais tout autant. Je ne voulais pas me battre contre mon frère, mais il n'acceptait pas mes paroles. Quelles étaient-elles ? Ma mémoire me joue des tours, je suis trop incomplet à ce jour… Nous avions appelé Saulot pour nous départager, mais il était silencieux et sans réponse. Alors, il donna à Seth notre frère une épée, qui lui offrit en retour un bâton d'Aubépine. Il m'offrit une couronne et je me mordis le doigt, dessinant un œil sur le front de mon frère avant de lui souhaiter de faire un bon voyage. Jamais je ne le revis mais à cette époque, je ne le savais pas. Qu'est-ce que j'ai fais de cette couronne ? Je ne sais plus. Où suis-je ? Tous ces souvenirs m'assaillent !
Je sens les caresses de mon frère me parcourir tout le corps. Je ne pense pas au bien, au mal ou au jyhad quand je suis avec lui, car Saulot emplit toutes mes attentes. Il est mon ami, mon frère, mon amant… Est-ce pour cela que Tibo m'aurait tant attiré ? Un descendant de mon amour perdu ? Pourquoi a-t-il laissé les tremere…
L'ange vint lui parler trois jours durant. Que m'a-t-il dit déjà ? Et je fus choisi, malgré mon exil, car Caïn était trop vaniteux. Je me souviens de Caïn… Pourquoi ??? Je veux lui poser cette question, mais je ne sais plus quelle en est l'objet. Que m'a-t-il fait ? Je pouvais apporter la rédemption, une ère de 10 000 ans où régneraient mes frères de la nuit. Une ère où Dieu nous choisiraient. Suis-je encore capable de l'apporter ? Caïn devait se repentir. Mais devant lui, je gardais le silence et j'ouvris la bouche à l'arrivée de mes frères. Fou de rage, Caïn me brisa et je ne pus fuir qu'avec difficulté. Ai-je vraiment fui ?
Quand je dus partir d'Enoch, ma descendance avec moi, l'on réussit à m'attraper et je fus déchiqueter par des griffes, des épées, des crocs… Mais par qui ? Ayant peur de mon âme, l'attaquant ne but pas mon sang et s'enfuit, me laissant pour mort. Mais treize de mes descendants vinrent à genoux laper mon sang qui s'écoulait, et mon âme se déversa en chacun d'eux. Jamais je ne réussis à retrouver mon unité, mais le temps approche où je serais de nouveau entier.
Christian ouvrit les yeux, enfin lucide. Il savait qui il était et ce pour quoi il avait été étreint, ce pour quoi il était né. Il savait pourquoi il était tombé amoureux de Tibo et pourquoi celui-ci n'avait pu l'étreindre, contraint de le laisser à un malkavian. Tout était clair maintenant, clair comme jamais le monde ne l'avait été. Christian n'était qu'une enveloppe, un nom d'emprunt. Il était Malkavian, vampire de 3ème génération et fondateur de la lignée éponyme. Ses souvenirs étaient trop parcellaires, il lui fallait retrouver les 12 autres fragments de son âme avant que ses frères ne se réveillent. Beaucoup croyaient les antédiluviens morts, lui savait que ses frères ne faisaient qu'attendre leur heure. Il s'étira et testa rapidement ce nouveau corps : faible. Il était d'une génération affreusement basse cette fois-ci et ne possédait que peu de talent. Soit. Mais Christian était calme et observateur, et surtout avait un allié de poids. Tibo… Il apprit rapidement que son vrai nom était Hâdi Salim ibn Kheldoum. C'était un premier pas. Il avait besoin d'en savoir un peu plus pour voir s'il l'aiderait mais, dans tous les cas, il voulait continuer à avoir cette relation toute particulière qu'il avait avec lui. Il lui rappelé Saulot et l'amour de son frère pouvait peut être se retrouver dans son descendant…
1988 - Deux années passèrent sous le sceau de l'apprentissage de la survie. André le présenta rapidement à la cour car Tristan n'était pas vraiment capable de le faire. Tristan d'ailleurs ne servait pas à grand chose et ne survécut pas très longtemps. Persuadé que le soleil n'existait pas, il sortit dehors et s'endormit dans un parc en fin de nuit pour ne jamais se réveiller… Christian apprenait vite à acquérir ses vieux réflexes à nouveau. Il savait déjà grâce à Tibo de nombreuses choses sur les disciplines vampiriques, sur les coutumes et les intrigues occultes et il bascula du côté des travaux pratique. Il n'aimait pas beaucoup se nourrir. Il aurait aimé pouvoir soigner les gens ou faire le bien autour de lui, mais c'était maintenant hors de sa portée. Il savait que son clan lui ouvrait la porte à la domination ou à l'aliénation, au choix. Il se souvenait d'ailleurs d'un passé lointain où il pouvait rendre des villes entières folles et ordonner à tout son clan d'effectuer des actions coordonnées. Tout ceci était derrière lui et pour sa nouvelle vie, il n'en aurait pas besoin. De toute façon, sa génération était bien trop faible pour utiliser efficacement domination (après tout, en dessous de 5ème, est-ce vraiment utile ?) et l'aliénation ne servirait pas ses buts. Il s'entraîna donc à la discrétion d'abord. Il espérait ainsi pouvoir chasser sans crainte et sans avoir à blesser qui que ce soit de non nécessaire. L'occultation lui apparut vite être une compétence tout à fait indispensable et il s'améliora rapidement dans ce domaine.
La vie de cour ne le passionnait pas plus que cela. L'absence de Tibo lui pesait et il avait peur qu'il ne soit mort entre les mains des mages Tremere. C'est ainsi qu'il commença à se renseigner sur le domaine de l'occulte et sur les tremere en général. De fil en aiguille, il en vint à côtoyer des humains très proche du paranormal. Ses grandes valeurs morales et ses principes profondément ancré en lui en faisaient un interlocuteur fiable et pas vraiment dangereux et il resta donc très proche des mortels. Il avait beaucoup de mal à se lier à d'autres vampires et il partageait difficilement leurs idéaux. Étant la réincarnation de Malkav, il n'avait hérité d'aucune faiblesse liée à son clan, il décida donc de s'inventer un dérangement pour faire croire qu'il était un malkavian comme les autres. Il prit donc l'habitude d'agir de façon excentrique pour faire croire qu'il était juste quelqu'un de très original, dans le genre bourré de tics et à la réparti saugrenue. Le personnage qu'il se créait réussit très bien à donner le change et peu de vampires s'intéressaient à lui tandis qu'il enquêtait du mieux qu'il pouvait.
1989 - Cette année-là fut particulièrement marquée par un évènement qui changea pas mal les habitudes de Christian. En mars, alors qu'il passait la nuit à discuter philosophie avec un ami humain, celui-ci s'adressa à lui d'une manière bien étrange.
"Tu sais Christian, il faut que je te dise… Je sais que tu es un Vampire." Là ça commençait mal et le pauvre commença à paniquer un peu. "Mais ne t'inquiètes pas ! Ton secret est bien garder avec moi, nul ne saura que tu as brisé la mascarade car elle n'est pas si enfreinte que cela." L'incompréhension succéda à la peur des représailles des anciens de la ville et il devint bien plus attentif aux propos d'Erik, un jeune artiste bien branché par le paranormal et assez cultivé à ses heures perdues.
"Vous n'êtes pas les seuls à vous cacher, tu le sais. Mais la réalité n'est pas toujours telle que nous la pensons. Tu as une vision intéressante des choses, j'en ai une autre qui je pense se tient tout autant. Sauf que moi, Christian, je sais que ma vision est bonne, car la réalité réagit à ce que je lui impose."
D'abord perplexe, Christian se mit à découvrir le monde des mages et fut impressionné par l'étendue de leurs capacités. En échange de quelques services, ils réussirent via un rituel à localiser Tibo et le jeune malkavian partit le rejoindre. Il était au Caire, en Egypte.
Le Caire était une grande ville mais les mages avaient bien fait leur travail. Tibo fut d'abord assez méfiant mais quand Christian lui expliqua toute la situation avec ferveur, il l'accueillit avec joie en lui expliquant qu'il comptait venir le chercher dans l'année qui allait suivre. Son ancien demitor était assez triste de la condition vampirique de son protégé. Déjà que son état de goule ne lui plaisait pas forcément, maintenant, la malédiction de Caïn lui était également imposée. Christian essaya de lui faire comprendre que c'était le destin qui avait tout manigancé et qu'il n'aurait pas pu empêcher son étreinte vu qu'il était la réincarnation de Malkav. Le salubrien ne démentit pas et c'est avec un sourire triste qu'il accepta sa condition. Il ne savait pas trop en quoi il pourrait l'aider mais ils trouveraient bien quelque chose à faire.
1991 - Après deux années d'études théoriques sur la manière de penser des caïnites, Hâdi laissa Christian intégrer l'élyseum de Philadelphie en novembre de cette année. Il devint un membre de la cour sans position avec pour but d'essayer de déterminer les voies des différents vampires en présence. Le but de la manœuvre était pour Hâdi de trouver un moyen de guider les vampires vers la rédemption et pour Christian d'essayer de retrouver d'une part ses souvenirs et d'autre part les autres morceaux de son âme et pour cela, il avait besoin de comprendre la nature des créatures de la nuit.
Il fut sauvé in extremis par Hâdi seulement un mois après son arrivée car il avait fait l'erreur de se présenter en tant qu'ancien et que quelques vampires pointilleux lui en tinrent un peu rigueur. Il parvint à régler le malentendu mais dut quitter la ville et comprit qu'il devait indiquer l'âge de son corps et non de son âme car il risquait gros dans la manœuvre. Cet évènement se déroula donc en décembre et ils passèrent le nouvel an au milieu de nulle part dans une grotte dans les rocheuses à discuter plans d'avenirs. De bien beaux souvenirs que Christian chérit encore aujourd'hui.
2010 - Après cette première expérience, les villes s'enchainèrent et Christian apprit la prudence et la dissimulation mais aussi l'empathie et l'auspex. Il avait toujours été bon pour deviner les sautes d'humeur de sa mère et il faut croire que son feeling auprès des vampires n'était pas trop mauvais. Il développa son talent pour l'auspex tout en accroissant ses connaissances occultes. Il continua à se forger un réseau du côté humain et mage plutôt que du côté vampire où il apparaissait assez étrange dans toutes les villes où il passait car il traînait bien plus avec les premiers qu'avec les seconds.
S'il voyageait la plupart du temps aux États-Unis, ils allaient tout de même de temps en temps en Europe afin de rencontrer des gens et de discuter occulte avec des spécialistes. Lors de ces moments-là, Christian se rendait bien compte à quel point sa compréhension pouvait parfois être limitée. Il savait pertinemment que pour réussir à réfléchir à un niveau supérieur à celui d'un humain, il fallait être d'une génération inférieure ou égale à 7 et il en était très loin. C'était frustrant mais il faisait avec, regrettant l'époque où il n'avait aucune limite…
Après donc ces quelques années ou finalement, tout allait bien dans le meilleur des mondes, Arriva une nouvelle fois ce que Christian redoutait assez souvent : Hâdi son mentor, son ami et son amour disparut une nouvelle fois. Il lui avait dit partir en Europe et Christian devait l'attendre à Chicago, mais plusieurs semaines passèrent sans nouvelles et les semaines devinrent des mois…
2011 - Après quatre mois d'attente fébrile, en janvier, Christian prit la décision de ne pas obéir à Hâdi et de partir à sa recherche. Techniquement, il n'aimait pas obéir à son mentor qui était plus jeune que lui, à peine plus de 2000 ans, mais le côté parcellaire de ses souvenirs le forçait à se comporter en nouveau né. Frustrant, mais il devait s'astreindre à se conduire ainsi. N'ayant aucune piste, il retourna voir Erik et tenta de le convaincre de l'aider. D'abord suspicieux, le mage le mit à nouveau à l'épreuve en lui demandant de l'aider sur quelques points et testa son amour de l'humanité. Convaincu par l'absence de changement dans les principes du vampire, 6 mois après, il lui indiqua Paris. Le problème, c'était qu'il n'y avait aucune certitude, enfin, c'était toujours un bon début de piste… Il lui donna l'adresse d'un ami à lui à la capitale et lui souhaita bien du courage. Avant de partir, il posa une ou deux questions dans ses contacts divers et auprès des vampires locaux. A force de recherches, un nom lui parvint qui pouvait l'intéresser : Le Questeur. Il recherchait Hâdi pour sa quête de l'humanité, c'était un bon début !
Arrivé sur place le 21 juin, jour de l'été, Christian commença par aller voir Alexandre, l'ami mage d'Erik, un homme d'un peu moins de 30 ans et éveillé depuis seulement 2 ans, pour tâter le terrain à la capitale. Il n'apprit rien de bien intéressant et c'est 4 nuits plus tard qu'il se décida à aller se présenter. Il lui fallait la jouer serré. Nul ne devait deviner qu'il recherchait Hâdi, qu'il frayait avec des mages et qu'il était la réincarnation de Malkav. Des secrets bien lourds à porter…